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Lesotho: les liaisons dangereuses entre la politique et la musique

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Oct 24, 2022

Mercredi 19 octobre, au Lesotho, les citoyens de ce petit pays de 2 millions d’habitants, enclavé dans l’Afrique du Sud, ont voté pour élire des députés qui désigneront ensuite un Premier ministre. La classe politique est étroitement liée à la scène musicale famo. Un genre unique au Lesotho, à base d’accordéon et de boîtes à rythme. Une musique qui remonte à l’époque où les hommes partaient travailler dans les mines sud-africaines. Des décennies plus tard, la musique famo est toujours aussi populaire et son influence s’exprime aussi dans sa violence.

 

Il est 22 heures, la lumière rouge du studio de Radio Lesotho s’allume et c’est parti pour deux heures de show. Mpomolokeng Semoli est aux manettes de l’émission depuis quinze ans, avec toujours la même passion pour le famo. « J’ai grandi en écoutant du famo, sur cette même station de radio depuis le village. C’étaient principalement des hommes, mais maintenant les femmes s’y mettent. »

Mpomolokeng Semoli fait aussi attention à mélanger les artistes. Le famo nourrit une guerre des gangs entre groupes, liés à la musique et au grand banditisme dans l’exploitation des mines illégales en Afrique du Sud. « Quand les groupes que vous passez sont liés à des gangs, il faut équilibrer la playlist. Pour montrer que vous ne penchez pas pour un groupe ou un autre, c’est ce que je fais. »

À Radio Lesotho, faire le bon mix est une question de goût, de génération, mais aussi une question de sécurité.

Des gangs liés aux plus gros partis politiques

Certains groupes de musique famo sont liés à des gangs qui opèrent surtout en Afrique du Sud. Ces gangs sont aussi liés aux deux plus gros partis politiques du Lesotho. Le Congrès démocratique (DC), et surtout la Convention de tous les Basotho (ABC). Pour ce dernier, les relations avec le gang Téréné remontent à 2006 quand l’ancien Premier ministre Tom Thabané s’est rapproché d’eux.

Ces liaisons dangereuses ont fait l’objet d’une série d’enquêtes publiée dans le journal sud-africain Sunday Times sous la plume du journaliste d’investigation Tankiso Makheta. « Au moment de créer son parti, la Convention de tous les Basotho, au pouvoir en ce moment, Tom Thabane a pris contact avec Chakela, qui était un musicien très connu au Lesotho. Il avait de nombreux fans et c’est justement ce qui intéressait Thabane pour augmenter sa base électorale, nous explique Makheta. Chakela a accepté de faire alliance avec Thabane et en 2012 son parti a remporté les élections. »

 

 

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