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L’Afrique invente son gospel

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Juil 28, 2023

En 2020, des policiers suisses aux pompiers de New York, le monde entier se filme dansant sur une chanson sud-africaine. « Jerusalema » devient l’hymne du confinement. Avec ses paroles tirées de l’Évangile, elle est l’un des emblèmes de l’envol de la musique d’inspiration chrétienne originaire d’Afrique. La célébration rythmée du Christ sort désormais des pays anglophones et touche la zone francophone, comme en Côte d’Ivoire ou au Congo.

Le message en yoruba — langue très répandue en Afrique de l’Ouest — est limpide : « Jesu olugbala ni mo f’ori fun e », autrement dit « je me donne à Jésus le Sauveur ». Conservé dans les archives de la British Library, c’est le tout premier enregistrement de musique religieuse effectué par un interprète africain, capté en 1922, à Londres. Son auteur, Josiah Jesse (JJ) Ransome-Kuti, prêtre anglican du protectorat britannique du Nigeria, avait décelé dans la musique un puissant moyen d’attirer les gens à l’église. Il est mort huit ans plus tard, non sans avoir donné naissance à une lignée amenée à marquer l’histoire intellectuelle et culturelle du continent. Son petit-fils Fela Ransome Kuti, pionnier de l’afrobeat, le « Black President », dénonçait dans Shuffering and Shmiling, enregistré en 1977, l’aveuglement avec lequel ses compatriotes embrassent la religion… Peine perdue : l’Afrique pourrait compter 40 % des chrétiens de la planète en 2060 ; et sa musique religieuse suit une ascension similaire. Un essor affranchi du répertoire liturgique, hors des chapelles et des temples, d’abord incarné par des interprètes born again, parfois féminines, issus des lieux de culte évangélique et pentecôtiste d’Afrique subsaharienne. Ces artistes de la nouvelle musique chrétienne africaine ont fait l’expérience d’une conversion personnelle assimilée à une « nouvelle naissance », l’une des caractéristiques de la foi évangélique, et se distinguent des interprètes de chants liturgiques, non rémunérés, qui ne se produisent que dans une enceinte sacrée.

Les conséquences socio-économiques de la pandémie de Covid et le besoin de réconfort spirituel ont contribué à imposer sur les plates-formes de streaming musical une nouvelle génération d’interprètes : ils prêchent en lingala, en nouchi ou en pidgin nigérian la parole divine et les valeurs familiales ; leurs rythmes empruntent autant aux nouveaux beats urbains subsahariens — amapiano sud-africain, afrobeat nigérian — qu’aux canons de la faith music…

Source : https://www.monde-diplomatique.fr/

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